Dans les propres mots du compositeur :

Le soir de ma première et dernière audition de chant – pour faire partie d’une comédie musicale à l’école – j’étais au comble du désespoir; j’avais 15 ans et j’étais fasciné par la combinaison musique-théâtre, je mourais d’envie de jouer dans le spectacle. J’avais l’impression que pour accéder à cet univers, il fallait absolument que je participe à la production de You’re a Good Man, Charlie Brown. Ma ferveur a rapporté. Bien que j’aie massacré l’interprétation de « Raindrops Keep Falling On My Head » avec, ce qui n’aidait pas du tout, un accompagnateur myope qui cessa de m’accompagner au beau milieu de l’audition, j’ai réussi à décrocher le premier rôle.

Puis, pendant les répétitions, je me suis retrouvé tout intrigué par la pièce en soi – l’aspect des notes sur la feuille de musique, les structures chorale et mélodique, et surtout la manière dont le compositeur utilisait les divers instruments de l’orchestre (se servant par exemple du roulement lent et régulier des timbales pour évoquer l’avion de la Première Guerre de Snoopy). Quand est arrivé le moment des représentations, j’avais déjà compris que chanter, jouer et danser devant un auditoire est exhaltant, mais que c’est aussi l’une des choses les plus terrifiantes qu’un être humain puisse faire de son propre gré. J’ai vu clairement que ma vie créative, il me fallait la vivre « dans les coulisses ».

Ainsi donc, ces dernières années, je me suis employé, mais en dehors de la scène, à étudier et à essayer de comprendre les mystères de la composition et de l’orchestration. Mon travail m’a souvent tenu éloigné du théâtre, et pourtant il me semble que cet effort que j’ai accompli, dans le domaine théâtral ou autre, m’a préparé à vivre l’expérience énorme de Filumena. Pouvoir collaborer avec John Murrell et tous nos autres talentueux collègues a été l’une des expériences les plus heureuses et satisfaisantes de toute ma vie. J’ai eu le bonheur d’avoir un ensemble de musiciens extrêmement doués et généreux, capables d’insuffler vie et magie à notre musique et à nos textes.

Et, s’il m’arrive de m’imaginer en train de chanter là-haut sur les planches « l’air de l’orage », de jouer la grande entrée en scène de Picariello ou d’unir ma voix à l’une des parties chorales, je reste tout à fait convaincu qu’être assis en sécurité dans l’ombre à écouter ces voix que j’ai entendues dans ma tête pendant des mois et des mois est tout aussi bien, voire mieux. Chose certaine, c’est beaucoup moins effrayant.