Dans les propres mots du librettiste :

Cet opéra est né de deux parents très déterminés qui y ont mis tout leur cœur et leur esprit. Avant même notre rencontre, John Estacio était décidé à lancer sa carrière de compositeur d’opéra, étendant dans une nouvelle direction une réputation bien établie d’auteur d’œuvres pour orchestre, chœur, et ensemble de musique de chambre. Et pour ma part j’étais décidé, avant même d’avoir trouvé ce collaborateur musical idéal, à écrire le libretto d’au moins une production d'opéra avant d’être trop vieux pour écrire quoi que ce soit.

Tous deux – les « John » comme nous ont surnommés nos autres collaborateurs – adorons l’aspect grandiose et la vitalité de l’opéra. Nous aimons aussi tous deux les histoires d’amour hautes en couleur, richement texturées, mêlant à la fois une subtilité et une passion que seule la scène lyrique réussit à transmettre simultanément, et que seule la fusion des paroles et de la musique peut bien rendre. La musique à elle seule – comme les mots pris isolément – ne saurait communiquer l’infinie subtilité de l’esprit humain au moment même où nos cœurs s’ouvrent pour accueillir les passions éternelles.

Nous voulions absolument créer un opéra accessible à tous, au fanatique d’art lyrique comme au néophyte assistant à son premier opéra. Je crois que la musique de « l’autre John » est le parfait véhicule à cet égard : elle touche notre intellect par son intrigante complexité en même temps qu’elle va droit au cœur.

Ce que nous ignorions, c’est à quel point nous allions tomber profondément amoureux de chacun des personnages de cette œuvre. Très tôt, nous nous sommes mis à aimer Filumena elle-même, à sentir que nous pouvions l’aider à parler de son univers intime, parce que nous étions là avec elle. Certains autres personnages étaient plus difficiles à comprendre, au départ, et donc plus difficiles à aimer. Toutefois, petit à petit, nous avons réussi à pénétrer dans leur cœur et dans leur tête – à saisir la vision ambitieuse de Picariello pour sa communauté et son rêve pour tous; l’innocence de Steve, qui se transforme en maturité responsable, sans qu’il ait vraiment eu le temps de songer à réaliser ses propres rêves; la douleur et le caractère sombre de Charlie; la noblesse suprêmement mise à l’épreuve de Maria; l’ombre sardonique dans laquelle McAlpine a décidé de vivre ou a été contraint de le faire, et ainsi de suite pour tous les autres. Nous avons souvent ri avec eux, pleuré avec eux, mais jamais nous ne les avons jugés ni diminués. Ils sont devenus notre famille, une famille beaucoup plus nombreuse et unie que nous aurions pu nous l’imaginer quand cette union créative a vu le jour.